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2010 L'année de toutes les musiques en Pas-de-Calais

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Michel Sanchez, l'essence de Deep Forest

Publié le 8 Juin 2010 par Julien Cadez

Deep Forest a connu l’euphorie du succès planétaire. Les sons électroniques des synthétiseurs s’épanouissent désormais au cœur du Pas-de-Calais. Après des millions d’albums vendus et un Grammy Award à New-York, Michel Sanchez revient sur ses terres natales, à Hendecourt-lès-Cagnicourt. Et prend un nouveau chemin, emprunt d’humilité et d’amour pour les musiques de sa vie.

Itinéraire d’un enfant des mines

À 4 ans, ce fils de mineur découvre la musique dans l’étreinte mélodique d’un accordéon. Instrument populaire par excellence, le piano à bretelles chante aussi le jazz, André Astier ou Marcel Azzola. Au lycée, Michel est happé par le rock et l’explosion musicale des années 70. C’est avec la découverte du groupe Emerson Lake & Palmer que j’ai eu l’idée d’aller au Conservatoire. Non pas pour savoir jouer Jean-Sébastien Bach, mais parce que Keith Emerson avait suivi cette formation.

Courage et passion en poche, le jeune musicien apprend à dompter l’orgue et le piano au Conservatoire de Douai à 15 ans. Cela n’a pas été facile car je n’étais pas le plus jeune ! La persévérance paie. Il obtient la médaille d’or en orgue, piano et percussions. Et pousse les portes du Conservatoire Supérieur de Paris. Au cours de la troisième année, parce qu’il me fallait gagner ma vie, j’ai renoncé pour travailler dans les studios en tant qu’arrangeur et pianiste. Cela a été un tournant majeur.

Du conservatoire aux studios d’enregistrement

Michel quitte la musique classique et réussit le grand écart. À vrai dire je n’ai jamais eu l’esprit classique. Je me régalais à jouer Messiaen, Marcel Dupré ou Bach, mais parallèlement j’écoutais déjà Miles Davis, Weather Report, Chick Coréa… Mon esprit était partagé entre plusieurs mondes musicaux. C’est dans l’obscurité des studios que Michel Sanchez triture les sons électroniques des synthétiseurs. L’univers n’était pas si différent. Comme l’orgue, le synthétiseur est un instrument orchestral aux multiples possibilités sonores. Il apprend alors à simplifier le langage musical et gagner en efficacité. J’ai compris l’intérêt d’une musique facile et abordable. Toutes les musiques ont leur fonction sociale propre. Les tubes pour faire rêver les gens le samedi soir sont aussi importants que les compositeurs d’avant-garde.

L’aventure Deep Forest

Entre deux séances studios, Michel écoute des disques de musiques du monde, une autre grande passion. J’étais très sensible aux chants traditionnels. De temps à autre je prenais un extrait a cappela et j’écrivais un petit arrangement au synthétiseur. Cette rencontre générait une émotion forte. Les démos restent dans un tiroir jusqu’au jour où Michel partage son idée avec Éric Mouquet. Il était très enthousiaste, nous avons décidé d’en faire un projet complet !

Des voies traditionnelles enregistrées en forêt aux séquences électroniques, Deep Forest joue des contrastes et des cultures. Invitation à la rêverie et au voyage, leur musique ouvre les portes vers des mondes parfois inconnus. Le premier album puise son inspiration dans les chants africains. L’Afrique offre des sonorités incroyables. Les chanteurs cultivent des spécificités locales que les européens considèrent comme des défauts. Un voile dans la voix, un effet de gorge, l’intonation d’un village… Ces voix venues de loin recèlent une énergie unique. Ironie du sort, Deep Forest connaîtra son premier succès… à l’autre bout du monde ! C’est en Australie que leur premier titre "Sweet Lullaby", inspiré d’une berceuse traditionnelle, est joué sur les ondes. L’album "Deep Forest" bat des records aux États-Unis, avant d’envahir l’Europe. L’album qui suivra, "Boheme", vaudra à Michel un Grammy Award. Une consécration pour le seul artiste français de l’Histoire à remporter cette récompense américaine.

Au fil des albums, Deep Forest voyage du Pacifique à l’Europe, célébrant les cultures et la découverte. Je suis intimement convaincu que l’Homme a intérêt à apprendre à vivre avec l’autre. A notre niveau d’artiste, cette idée ne peut se traduire qu’à travers de nouvelles sonorités. Habituer les oreilles et l’esprit à écouter l’inconnu, c’est un premier pas.Lancée en 1992, la carrière de Deep Forest durera dix ans avec 7 albums, 5 millions d’exemplaires écoulés dans le monde et de nombreuses collaborations, dont "Strange Days" avec Peter Gabriel.

Repartir a zéro

Difficile de tourner la page Deep Forest. Aujourd’hui en solo, dans son studio ouvert sur les prairies, Michel créé une musique intimiste et aérienne, en toute liberté. Loin des nappes synthétiques massives, les mélodies respirent dans "The Touch". Et pour la première fois, Michel pose sa voix, douce et si particulière. Une voix qui a vécu, comme un sage chanterait une comptine à la tombée du jour.Produit simultanément, l’album "The Day of a Paper Bird" est une traversée tumultueuse, un oiseau de papier planant au dessus d’un océan de feu. Les vagues mélodiques se soulèvent et le chant des sirènes nous enivrent. J’aime installer une grande dynamique dans un album, une chanson calme puis une violente. Finalement, la vie est ainsi !

Entre simplicité et complexité, Michel Sanchez reste à l’équilibre de ses besoins musicaux. L’étudiant de Conservatoire, l’amoureux de jazz, le génie de l’électro, tous resurgissent dans ce retour aux sources. En ce moment, je mets en place un répertoire de piano jazz et d’accordéon. Je voudrais préparer une surprise à mon premier professeur d’accordéon, et qu’il soit fier de son élève...

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Crédit photos : Michel Sanchez

Vidéo

"Sweet Lullaby", le premier titre de Deep Forest

Contact

www.michelsanchez.com

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