2010 Année de toutes les musiques - CG62 - Le 04 Février 2012 - 13h01
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2010 L'année de toutes les musiques en Pas-de-Calais

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À la découverte de l’orgue d’Auxi-le-Château

Publié le 24 Août 2010

Quand il parle de l’orgue d’Auxi-le-Château, Pascal Lefrançois a les yeux qui pétillent. L’organiste titulaire ne cache pas son plaisir et dévoile les secrets de cet orgue majestueux du 18e siècle. Au cœur de l’instrument est gravée une inscription : "Adrien Carpentier m’a fait, ce 8 août 1745, facteur d’orgues en la cité d’Arras". Une belle invitation à découvrir ce chef d’œuvre historique du Pas-de-Calais.

Quand j’étudiais l’orgue au Conservatoire de Paris dans les années 1980, je venais jouer aux chandelles à Auxi-le-Château afin de récolter des fonds pour la restauration. On n’a pas gagné une fortune, mais l’énergie était là ! Une mobilisation qui a porté ses fruits, l’orgue est entièrement restauré de 1989 à 1993 par la Maison Boisseau-Cattiaux. Depuis, Pascal Lefrançois fait vibrer ce géant de bois et de métal, pour les offices religieux et des concerts grand public.

Au 18e siècle, le facteur Adrien Carpentier réalisait la plupart des orgues du Pas-de-Calais, jusqu’en Wallonie. Aujourd’hui, l’orgue d’Auxi-le-Château est le dernier témoin de son œuvre. La Révolution a amené des pillages d’église, le 19e siècle a vu de profondes modifications d’orgues car la mode et le diapason évoluaient. Par chance, Auxi-le-Château n’avait pas d’argent pour transformer son orgue, qui est resté un instrument authentique.

Historiquement l’orgue jouait pour le culte religieux. Parfois il jouait pour les nobles afin de démontrer la puissance de la ville. La notion de concert d’orgue est apparue au milieu du 19e siècle, période du Concert Spirituel. L’orgue s’est déplacé vers les salles de concerts, dialoguant ainsi avec des orchestres. Aujourd’hui je m’efforce de maintenir les deux activités car c’est un instrument sacré par excellence, mais qui a aussi une vocation culturelle. Les concerts de la saison "Les orgues chantent en Pas-de-Calais" et Contrepoints 62 attirent des publics de tous horizons.

 

Pascal Lefrançois, quels sont les grands principes du fonctionnement de l’orgue d’Auxi-le-Château ?

L’orgue est composé de deux ensembles : le grand orgue et sa réplique, l’orgue positif au premier plan, qui trouve ses origines en Turquie. L’ensemble est maintenu par le buffet en chêne, réalisé par l’ébéniste Jean-François Penin de Frévent. Le buffet s’accompagne parfois de sujets bibliques en référence au sacré, et de sujets mythologiques évoquant le monde extérieur profane.

Le principe est simple : l’orgue est un instrument à vent, produit par d’énormes soufflets manuels, remplacés aujourd’hui par une turbine électrique. Lorsque j’enfonce une touche, la soupape correspondante s’ouvre, l’air est dirigé vers les tuyaux de la note. Selon les registres choisis à la console, un seul ou plusieurs tuyaux entrent en vibration, déterminant la puissance et la couleur du son. Celui-ci se développe dans la caisse de résonance. L’orgue est donc un instrument à vent, mécanique et acoustique.

L’organiste est véritablement au cœur de l’instrument…

Tout à fait, il est assis dans la tribune face à la console, qui réunit les claviers, les tirants de registre et le pédalier. L’orgue d’Auxi-le-Château comporte trois claviers manuels pour le grand orgue, le positif, et l’écho. À chaque tirants de registres correspond une sonorité particulière : des flûtes à bec produites par de fins tuyaux, des trompettes ou des clairons imitées par des hanches battantes… Les tuyaux sont un alliage d’étain et de plomb, offrant la souplesse nécessaire à la fabrication. L’air résonne au niveau du biseau, fente plus au moins haute selon la note. Le diamètre du tuyau détermine le caractère du son : un tuyau large donne un son rond et profond, un diamètre étroit le rend plus nasal. Avec plus de 2 000 tuyaux, les couleurs musicales de l’orgue sont infinies !

Observer un organiste est assez amusant, car il fait littéralement "des pieds et des mains" pour faire sonner les tuyaux !

La grande particularité de l’orgue est la présence d’un pédalier, clavier grave que l’organiste actionne de la pointe des pieds. Un système de "tirasse" le relie aux claviers du grand orgue. Les notes jouées aux pieds sont ainsi actionnées également sur les claviers supérieurs.

Cela peut paraître déroutant, mais jouer devient naturel à force d’entraînement. L’orgue est un instrument qui appelle le travail, les défauts ressortent impitoyablement. Comme le souffle d’air est continu, il n’y a pas de nuances piano ou forte possible. Tout est dans l’articulation des notes, liées ou piquées. Le toucher du clavier est très léger mais anime plusieurs tonnes de mécanique.

Auxi-le-Château accueille deux concerts du festival des orgues du Pas-de-Calais, Contrepoints 62.

C’est une grande fierté pour nous d’accueillir le samedi 2 octobre Gustav Leonhardt, l’un des papes de la musique ancienne. Le dimanche 10 octobre, c’est au tour de François Saint-Yves pour un programme d’improvisations et de plain-chant. Je suis sûr que l’orgue sera à la hauteur de leur talent.

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